Localisation : Bocal de béton sous canicule (Montpellier)
Mode de vie : Sédentaire, en boucle fermée (Sleep-Work-Repeat)
État du système : Surchauffe émotionnelle imminente
L'étouffement. Ce n'était pas juste une question de mètres carrés ou de voisins trop proches.
C'était le sentiment d'être coincé dans un script qui ne nous appartenait plus.
Entre les canicules à cuire dans
l'appartement de 45m² exposé sud, devenu une salle serveur sans climatisation et la perte de nos entreprises avec le Covid, une routine professionnelle qui ne
faisait plus aucun sens, l'appartement était devenu une prison dorée exposée plein sud.
On ne vivait plus, on maintenait un système en fin de vie.
On étouffait, au propre comme au figuré. Le confinement a agi comme un stress-test, qui sera notre point de rupture.
La décision est tombée comme un couperet : on vend tout.
On vide l'appartement, on vide nos vies de tout ce qui nous encombre. Cette purge par le vide était brutale,
mais nécessaire pour retrouver l'oxygène. On ne
garde que l'essentiel, on loue un conteneur pour le reste, et on se prépare au grand saut.
Le 21 décembre 2020, premier jour de l'hiver, on lâche tout.
On commence l'aventure en BMW X5, mais l'espace disque sature vite pour nous deux et notre chienne.
C'est là qu'on trouve Léon (2,5 Tonnes de Liberté et de Rouille) : un Ford Transit MK2 de 1986.
Léon n'est pas rapide avec sa boîte 4 vitesses et son vieux diesel encrassé qui peine à atteindre les 60 km/h. (80km/h en descente avec le vent dans le dos).
Il fuit un peu l'huile, traçant littéralement notre chemin, mais il a une âme, il sent le vintage, l'authetique.
Après quelques semaines de rénovations chez un ami, tout ce qu'on possède tient désormais dans Léon.
S'approprier les quelques mètres carrés, et enfin, partir. Plus rien ne nous retient, même plus le garde-meuble qu'on a fini par vider.
Léon suffisait pour nous deux, et notre chienne, enfin aux anges dès qu'on ouvrait la porte sur un nouveau coin de verdure.
- Source : 1 Panneau solaires (Le don précieux du père d'une amie)
- Stockage : 2 Batteries (Nécessaires pour réveiller le vieux diesel au matin)
- Système : Réseau 12V isolé. Zéro facture, zéro dépendance.
- Consommation : Minimaliste (2 téléphones, 1 tablette, quelques lampes à recharger).
- État : Nous avons appris qu'on peut vivre heureux avec 50W de consommation instantanée.
Cette installation électrique, faite de bric et de broc mais fonctionnelle, a été notre premier pas vers la vraie
liberté.
Apprendre qu'on peut vivre (très) heureux avec seulement un panneau solaire de 280W a été une révélation.
Printemps 2021 - Le jour où Léon a failli devenir un cabriolet
L’autoroute défile à notre vitesse de croisière habituelle quand soudain, un bruit de déchirement sourd et une
secousse violente nous figent. Dans le rétro, on voit un débris s'envoler. Le lanterneau de la capucine vient de
s'arracher, passant littéralement en "mode Cloud".
En une fraction de seconde, Léon n'est plus un foyer étanche, c'est un cabriolet vulnérable. C’est sans doute l'une des expériences les
plus stressante du voyage : l'impression que tout s'effondre alors que le ciel gris annonce une pluie imminente et prévue pour plusieurs jours.
La Réponse à l'Incident — Le Système D comme seule option !
Pas de garage à l'horizon, pas d'assurance miracle. C’est là que le déclic se produit. On ne cède pas à la la panique qui
est une perte de ressources. On analyse froidement avec ce qu'on a : un magasin de bricolage à quelques kilomètres
et notre capacité à réfléchir vite.
- Chirurgie d'urgence : Sur le parking, on opère. Il faut retirer les restes du lanterneau sans aggraver
les dégâts sur la structure. Chaque geste est calculé.
- Le Patch : Une plaque de fibre plastique, du mastic Sika (le Graal de l'étanchéité) et une isolation en
liège pour la finition. On colmate, on presse, on prie un peu.
Quelques jours plus tard, la pluie tombe en déluge. On guette la moindre goutte, le moindre signe de faiblesse. Rien.
Léon reste sec. La victoire a le goût du mastic frais et nous apporte une certitude : la débrouille et le calme face
à l'imprévu sont nos meilleures armes, en voyage comme dans la vie.
L'Équilibre — La Paix face aux Galères
Vivre sur les routes, c'est dur. C'est accepter les douches à l'arrache en plein hiver, les matins où l'on
gratte le givre à l'intérieur des vitres, et l'espace qui se réduit à quelques mètres carrés...
Mais paradoxalement, le stress de la ville s'est envolé.
Nous avons échangé le confort matériel — le grand lit en 160, la baignoire, le micro-ondes et la multitude de
machines qui tournent en fond sonore, contre une denrée bien plus précieuse : la liberté de l'esprit.
En nous contentant de l'essentiel, nous avons surtout supprimé le poids de la possession.
Moins on possède, moins on a peur de perdre, et c'est là que commence la vraie liberté.
On a compris que le vrai confort n'est pas dans l'accumulation, mais dans l'absence de peur.
Si on possède peu et qu'on s'en contente, on n'a plus peur de perdre quoi que ce soit.
Cette charge mentale qui nous écrasait à Montpellier s'est effacée au rythme des kilomètres.
La nature nous apaisait, et voir notre chienne courir librement sur chaque nouveau "spot" valait toutes les nuits passées entre quatre murs de béton.
Remise en question - L'appel de la Montagne
Le deuxième confinement nous a figés au bord de l'Hérault. C'est là, entre deux discussions avec les pêcheurs locaux et
le clapotis de l'eau, qu'une réalité nous a rattrapés : on peut bouger sans cesse, on finit toujours par heurter les
règles des autres. Nous avons compris que la liberté totale est une illusion. La vraie liberté, c'est de choisir ses
propres contraintes plutôt que de subir celles imposées par les autres, la ville, la société ...
On a alors entamé une réflexion profonde sur ce qu'on voulait vraiment.
Un moment suspendu, ou une forme de routine voit le jour au fur et à mesure que les jours passent.
On a cherché un refuge, loin des villes, loin de l'accumulation.
Un appel pour un appartement au fond d'une vallé en Ariège.
Pour la visite, on a dû tricher un peu. Avec les 70 km/h de pointe de Léon, le trajet aurait été interminable pour un simple aller-retour.
On a embarqué avec une amie dans sa voiture pour filer vers les montagnes. Vingt minutes de
route sinueuse après le dernier magasin, entre les pics rocheux et le silence.
On a visité, on a déambulé dans les ruelles du village pour s'imprégner de l'ambiance. Ce n'était pas un coup de
foudre immédiat en franchissant la porte, mais plutôt une évidence qui infusait.
C'est sur le trajet du retour, en discutant dans la voiture alors que les sommets s'éloignaient dans le rétro, qu'on a fait notre choix.
On s'est regardés, on a pesé le peu de "contre" face à l'immense besoin d'air. On a donné notre confirmation peu après : c’était là.
On a fini par reprendre Léon pour son ultime voyage de migration. Il a gravi les cols à son rythme, vaillant malgré son âge, pour nous déposer là où nous devions être.
Octobre 2021 - Winter is coming. Nous voilà installés dans l'appartement et prêts (on l'espère) à affronter l'hiver en Ariège.
Localisation : Fond de vallée, Ariège.
Mode de vie : On redevient sédentaires, oui. Mais plus jamais comme avant.
On a conscience des enjeux, de notre consommation !
Léon est au repos, mais l'esprit nomade, lui, est bien réveillé.